Shaigan
Tout a commencé le matin du 5 novembre 1982. La pendule affichait presque 06:30. Il faisait plutôt beau temps à Angoulême : mes parents venaient de donner la vie à cette bestiole qu’ils allaient nommer « Xavier » et qui, maintenant, vous écrit ces lignes. Après m’être un peu éveillé, j’ai décidé de tester la vie. Spoiler : j’ai commencé à la croquer à pleines dents, même si, à ce stade, tout ce que je pouvais mâcher c’était du lait maternel et un peu d’air ambiant.
Durant mon enfance (heureuse, il faut l’avouer), j’ai pris goût aux plaisirs de la montagne dans les Pyrénées, que ce soit pour la randonnée ou le ski. Mon père et mon grand-père y sont pour beaucoup : ce sont eux qui m’ont forcé à atteindre les premiers sommets, et ce sont encore eux qui m’ont mis sur ces satanées planches qui glissent et qu’on ne peut jamais arrêter. Résultat : j’ai développé un goût certain pour les bosses et les chutes. Remarquez, sans eux, ce site n’existerait même pas… et je n’aurais pas ces cicatrices de guerrier du dimanche.
C’est en 1990 que je déménage pour la seconde fois (la première fois, je n’avais que 11 mois — autant dire que mes souvenirs se limitent à des tétées et quelques cris incohérents). Nous quittons alors la Charente pour l’Isère, aux côtés des Alpes. Vous en avez un aperçu dans la section « Balades ». J’ai continué de grandir, entrant doucement dans l’adolescence en même temps qu’au collège, et me découvrant des talents pour lever les yeux au ciel chaque fois que la vie me demandait de comprendre quelque chose de nouveau.
En 1994, l’idée de garder une trace de mes balades germe dans mon esprit de gosse. Le premier carnet est né. La famille s’est aussi un peu amoindrie, perdant deux de ses participants — le deuil n’attend pas que l’on sache écrire. Mais la vie continue son cours, et trois ans plus tard, il nous faut quitter l’Isère pour les Hautes-Pyrénées. Je quitte le collège avec le brevet en poche pour entrer en seconde (redoublée, parce qu’une seule tentative, ça ne suffisait pas…), me voilà dans une nouvelle ville, avec des mentalités toutes différentes et un climat beaucoup plus océanique (vive la pluie et les jours sans lumière).
Puis arrive le temps du bac (arggg), et du permis. Les idées dans la tête changent aussi : le bug de l’an 2000, les filles qui se baladent autour de vous, et vous ne savez plus où jeter les yeux… C’est alors qu’Odile est entrée dans ma vie, un matin d’avril 2002, à Orly Sud (très romantique comme cadre, si si, je vous assure). Mesdemoiselles qui lisez ceci, ne rêvez pas : non, ce n’est pas la peine. Ce moment n’était pas destiné à être un conte de fées pour les autres.
Un passage de quatre ans à jouer sur Lineage II (un MMORPG) m’a amené à apprendre les bases des langages web. Puis les heures passées à dessiner des skins pour Trackmania (un autre MMO) m’ont entrouvert les portes de la retouche d’image, de la création graphique et du montage vidéo. Bref, j’ai appris à faire semblant d’être sérieux… tout en jouant.
Je suis désormais un adulte fonctionnel à haute performance… alimenté au café et à la nicotine (numérique !), à la responsabilité et aux deuils en série. Mon hobby principal est la gestion de crise à temps plein, avec option maintenance émotionnelle préventive. J’ai choisi une spécialité rare : supporter la vie comme un système critique en production sans redémarrage possible.
Mes animaux ont eu plus de suivi médical que beaucoup d’humains. Ma maison tient mieux que mon système nerveux. Et mon calendrier ressemble à un logiciel de supervision industrielle.
Mais rassurez-vous : extérieurement tout va bien. C’est propre, structuré, opérationnel. Incendie intérieur contenu. Pour l’instant.
J’ai appris que la vie ne se mesure pas à sa durée, mais à la densité des liens qu’elle tisse. J’ai vu partir ceux qui m’ont construit, et j’ai compris que nous sommes des relais plus que des propriétaires de notre existence. Rien n’est stable, sauf la responsabilité que nous avons les uns envers les autres. Aimer, ce n’est pas posséder : c’est accompagner jusqu’au bout, parfois jusqu’à la décision la plus dure, parfois jusqu’au dernier souffle.
Certaines pertes font moins de bruit que d’autres, mais creusent plus profond.
Je laisse derrière moi une tentative honnête d’avoir tenu ma place. Pas parfaitement. Mais avec loyauté. Si quelque chose devait rester, ce ne serait ni mes objets ni mes titres, mais la trace d’une présence fiable, d’un petit rempart sur qui on pouvait compter.
Un commentaire
mabé durard
moi j’aime bien….mais je ne découvre cela que ce 17 décembre 2011 !!!! mieux vaut tard….cela me fit te connaître davantage, et je dois dire que la suite me plairait bien !!!
bisous ! ta vieille cousine ! je n’ai plus le mail de ton père !!! si tu peux mele donner ! merci !